- L’expérimentation
sur les animaux n’est-elle pas indispensable
au progrès de la médecine ?
- Des
traitements aussi importants que le vaccin contre
la polio par exemple n’ont-ils pas été
mis au point grâce à l’expérimentation
sur les animaux ?
- N’est-il
pas du devoir des chercheurs d’utiliser
des animaux afin de trouver des traitements
pour les maladies humaines ?
- À défaut
de pouvoir utiliser les animaux, les nouveaux
médicaments devraient-ils être
testés sur l’homme ?
- L’expérimentation
sur les animaux n’est-elle pas une étape
indispensable de la recherche médicale
?
- N’est-il
pas vrai que l’expérimentation
animale, en faisant progresser la médecine
vétérinaire, aide aussi les animaux
?
- La dissection d’animaux
n’est-elle pas obligatoire pour les étudiants
en médecine ?
- Que faire des médicaments
testés sur les animaux ? Doit-on refuser
de les prendre ?
- La cruauté
envers les animaux n’est-elle pas punie
par la loi ?
- Les chercheurs
ne sont-ils pas soucieux de bien traiter les
animaux qu’ils utilisent pour leurs expériences
afin d’obtenir des résultats de
qualité ?
- Le rôle
des comités de contrôle professionnels
et de protection des animaux n’est-il
pas justement d’éviter la cruauté
dans les établissements de recherche
?
- Des milliers de
chats et de chiens sont euthanasiés dans
les fourrières. Pourquoi ne pas les utiliser
pour des expériences qui permettraient
de sauver des vies ?
- Seriez-vous pour
ou contre le sacrifice de 10 animaux pour sauver
10000 personnes ?
- Que pensez-vous
des expériences qui consistent à
observer les animaux sans leur faire de mal
?
- En cas d’incendie,
qui de votre enfant ou de votre chien sauveriez-vous
si vous deviez choisir ?
L’expérimentation
sur les animaux n’est-elle pas indispensable
au progrès de la médecine ?
Les historiens spécialisés
en médecine ont clairement établi
que la médecine n’a eu qu’une
influence mineure sur l’allongement de l’espérance
de vie et que la baisse de la mortalité
liée aux principales maladies infectieuses
qui a été constatée depuis
1900 tient essentiellement, outre à des
facteurs de comportement et d’environnement,
à l’amélioration de l’alimentation
et de l’hygiène, et non pas à
l’expérimentation sur les animaux.
La plupart des grands progrès en matière
de santé ont été obtenus
grâce à des études réalisées
sur des humains qui ont abouti à des progrès
aussi considérables que l’anesthésie,
le stéthoscope, la morphine, le radium,
la pénicilline, la respiration contrôlée,
la radiographie, les antiseptiques, les examens
de type tacographie, IRM et tomographie par émission
de positons, mais aussi la bactériologie
et la théorie des germes, la découverte
du rapport entre cholestérol et maladies
cardiovasculaires ainsi qu’entre tabagisme
et cancer ou encore l’isolement du VIH.
Les expériences sur les animaux ne sont
pour rien dans ces découvertes, pas plus
que dans de nombreuses autres.
Des
traitements aussi importants que le vaccin contre
la polio par exemple n’ont-ils pas été
mis au point grâce à l’expérimentation
sur les animaux ?
Les recherches sur
la polio ont suivi une double orientation : d’une
part, des travaux in vitro, sans utilisation du
modèle animal, qui ont été
récompensés par un Prix Nobel et,
d’autre part, des travaux s’appuyant
sur l’expérimentation qui ont sacrifié
légion d’animaux. Arthur Kornberg,
Prix Nobel de Médecine en 1959, a souligné
que 40 ans d’expériences sur des
singes infectés par la polio n’avaient
que « très peu » contribué
à la mise au point d’un traitement.
Ce n’est que lorsque les chercheurs ont
su cultiver le virus à partir de cellules
humaines et de cellules de primates qu’un
véritable progrès a été
enregistré.
Le fait que certains
progrès de la médecine soient associés
à de cruelles expériences sur les
animaux ne signifie ni que d’autres méthodes
n’auraient pas abouti aux mêmes résultats,
ni que les techniques primaires du 19ème
siècle restent valables aujourd’hui.
Nul ne peut savoir où nous en serions aujourd’hui
si nous avions refusé l’expérimentation
sur les animaux, car très peu de ressources
ont été consacrées aux méthodes
alternatives dans l’histoire de la médecine.
Sachant néanmoins que les résultats
obtenus sur les animaux ne sont généralement
pas transposables à l’homme, il est
probable que la situation sanitaire serait meilleure
si nous ne nous étions pas entêtés
à pratiquer depuis si longtemps des expériences
sur les animaux.
N’est-il
pas du devoir des chercheurs d’utiliser
des animaux afin de trouver des traitements pour
les maladies humaines ?
Toutes les expériences
du monde sur les animaux ne pourront jamais contribuer
à épargner autant de souffrances
et de vies humaines que la sensibilisation des
populations aux problèmes des graisses
et du cholestérol, aux dangers du tabagisme,
de l’alcoolisme et de la toxicomanie, aux
bienfaits de la pratique régulière
d’une activité physique et au respect
de l’environnement. Les expériences
sur les animaux sont des méthodes d’un
autre âge. Les technologies modernes et
les essais cliniques sur l’homme sont aujourd’hui
à la fois beaucoup plus efficaces et plus
fiables.
L’existence
des alternatives est incontestable. Mais même
s’il n’en existait pas, l’expérimentation
animale resterait inacceptable d’un point
de vue éthique. Comme l’a déclaré
George Bernard Shaw : « Comment peut-on
justifier une expérience en affirmant simplement
qu’elle est utile ? La question ne se pose
pas en termes d’utilité ou d’inutilité,
mais plutôt en termes de comportement barbare
ou civilisé. » Des expériences
sur des êtres humains non consentants auraient
beau être utiles pour réussir à
soigner certaines maladies, personne pourtant
ne les encouragerait car elles seraient jugées
inacceptables.
À
défaut de pouvoir utiliser les animaux,
les nouveaux médicaments devraient-ils
être testés sur l’homme ?
Il ne s’agit
pas de choisir entre les animaux et les hommes.
La sécurité des médicaments
n’est jamais garantie, même s’ils
ont été testés sur les animaux.
L’extrapolation précise des résultats
obtenus sur l’animal est impossible, du
fait des différences physiologiques notoires
qui existent entre l’homme et l’animal.
Il ne manque pas d’exemples de médicaments
qui, validés à la suite de tests
sur les animaux, ont eu chez l’homme des
effets secondaires graves et inattendus. Il ressort
d’un rapport publié en 2002 dans
le Journal of the American Medical Association
que plus de 50 médicaments autorisés
par la FDA ont été retirés
du marché ces 25 dernières années
ou commercialisés sous un autre nom après
avoir provoqué des « réactions
indésirables » En 2000 par exemple,
le cisapride (Propulsid®), prescrit contre
les brûlures d’estomac, a été
retiré du marché américain
en raison d’« anomalies du rythme
cardiaque ayant entraîné la mort
» ; la commercialisation de la troglitazone
(Rezulin®), utilisée contre le diabète,
a été interrompue suite à
des observations d’insuffisance hépatique
; l’alosétron (Lotronex®), recommandé
contre le syndrome du côlon irritable, a
été retiré du marché
après la survenue de cas de colites ischémiques,
de constipation sévère conduisant
notamment à des interventions chirurgicales
et de décès. L’étude
révèle que « Chaque année,
des millions de patients sont exposés à
des médicaments potentiellement dangereux
».
Si au lieu de s’adonner
à l’expérimentation animale
l’industrie pharmaceutique privilégiait
la pharmacologie quantique et les tests in vitro,
nous serions nettement mieux protégés,
et non pas moins, contre les médicaments
dangereux.
L’expérimentation
sur les animaux n’est-elle pas une étape
indispensable de la recherche médicale
?
Les études
cliniques et épidémiologiques réalisées
sur des groupes de patients, les études
sur les cadavres et les simulations sur ordinateur
sont plus rapides, plus fiables, plus humaines
et moins chères que les tests sur les animaux.
Des chercheurs ingénieux sont parvenus
à élaborer, à partir de cellules
cérébrales humaines, un modèle
de « microcerveau » qui permet d’étudier
les tumeurs, mais aussi à créer
de la peau artificielle et de la moelle osseuse.
Au lieu de tuer des animaux, nous pouvons désormais
faire des tests d’irritation sur des membranes
d’œuf et utiliser des cultures de cellules
pour produire des vaccins ou des échantillons
sanguins pour les tests de grossesse. Cofondateur
de Pharmagene Laboratories, une société
qui met au point et teste des médicaments
en s’appuyant uniquement sur des tissus
humains et sur l’informatique, Gordon Baxter
pose une simple question : « Dès
lors que l’on dispose d’informations
sur les gènes de l’homme, quel est
l’intérêt de revenir au modèle
animal ? »
N’est-il
pas vrai que l’expérimentation animale,
en faisant progresser la médecine vétérinaire,
aide aussi les animaux ?
Son utilité
éventuelle, qu’elle soit pour l’homme
ou pour l’animal, n’est pas un argument
suffisant pour justifier l’expérimentation
animale. Le cœur du problème est que
nous n’avons moralement aucun droit de faire
souffrir gratuitement des êtres sans défense.
Dire qu’il est acceptable de faire des expériences
sur les animaux pour faire avancer la médecine
vétérinaire est du même ordre
d’idée que de dire qu’il est
acceptable de faire des expériences sur
les enfants pauvres pour soigner les riches.
La
dissection d’animaux n’est-elle pas
obligatoire pour les étudiants en médecine
?
Absolument pas.
De plus en plus d’étudiants en médecine
s’insurgent contre ces pratiques et choisissent
d’apprendre leur métier, non pas
sur les animaux, mais au contact de praticiens
chevronnés. En Grande-Bretagne, où
il est illégal d’utiliser des animaux
dans le cadre des études médicales,
les médecins ne sont pas moins compétents
qu’ailleurs. Harvard, Yale, Stanford et
bien d’autres grandes écoles de médecine
aux États-Unis ont fermé leurs laboratoires
d’expérimentation animale et mis
en place un enseignement clinique novateur. À
Harvard, par exemple, les étudiants du
cours pratique d’anesthésie cardiaque
ne font plus d’opérations fatales
sur des chiens, mais observent désormais
les opérations de pontage sur cœur
humain. Les enseignants qui sont à l’origine
de ce cours aimeraient que d’autres écoles
s’en inspirent.
Que
faire des médicaments testés sur
les animaux ? Doit-on refuser de les prendre ?
C’est malheureusement
à travers l’exploitation d’autrui
que tant de choses ont été obtenues
dans notre société. Ainsi, la plupart
des routes aux États-Unis ont été
construites par des esclaves. Il est impossible
de revenir en arrière. Nous ne pouvons
plus rien faire pour tous ces gens qui ont souffert
et qui sont morts aujourd’hui. Par contre,
nous pouvons changer l’avenir en adoptant
définitivement des méthodes de recherche
qui ne reposent pas sur le modèle animal.
La
cruauté envers les animaux n’est-elle
pas punie par la loi ?
Aux États-Unis,
aucune expérience, même si elle est
inutile ou douloureuse, n’est directement
interdite. La loi américaine sur la protection
des animaux (Animal Welfare Act), qui n’a
quasiment aucune portée, est de toute façon
mal appliquée. De plus, elle ne prévoit
rien pour les rats, les souris (qui sont les plus
grandes victimes de l’expérimentation
animale), les animaux à sang froid, les
oiseaux ni les animaux dits de consommation. Cette
loi est foncièrement hypocrite car elle
n’interdit aucune expérience sur
les animaux qu’elle est censée protéger
et qui peuvent être affamés, électrocutés,
conduits à la folie ou brûlés
au chalumeau en toute impunité, tant que
cela se passe dans l’enceinte d’un
laboratoire bien propre.
En France, les textes
censés protéger les animaux utilisés
à des fins expérimentales sont le
Décret n° 87-848 du 19 octobre 1987
et le Décret n° 2001-464 du 29 mai
2001 modifiant le Décret n° 87-848
du 19 octobre 1987. Au niveau européen,
le texte de référence, sur lequel
s’appuie la réglementation française,
est la Directive 86/609 du Conseil du 24 novembre
1986. Ces textes sont disponibles sur Internet.
Nous vous invitons à les lire attentivement.
Les
chercheurs ne sont-ils pas soucieux de bien traiter
les animaux qu’ils utilisent pour leurs
expériences afin d’obtenir des résultats
de qualité ?
Le fait est qu’il
n’en est rien, même dans les établissements
les plus prestigieux. La City of Hope en Californie
a beau être l’un des établissements
de recherche les plus célèbres des
États-Unis, des animaux y sont morts de
faim et se sont noyés dans leurs excréments.
La plupart des chercheurs s’endurcissent
au bout de quelques années et deviennent
totalement insensibles aux souffrances des animaux
qu’ils considèrent et traitent comme
du matériel de laboratoire jetable. À
leurs yeux, le bien-être des animaux n’est
pas une priorité et coûterait de
toute manière bien trop cher.
Le
rôle des comités de contrôle
professionnels et de protection des animaux n’est-il
pas justement d’éviter la cruauté
dans les établissements de recherche ?
En réalité
ces comités sont principalement, pour ne
pas dire entièrement, constitués
de membres qui ont de gros intérêts
à ce que l’expérimentation
sur les animaux perdure. C’est à
force de batailles juridiques que des membres
du public ont pu suivre les réunions de
ces comités.
Des
milliers de chats et de chiens sont euthanasiés
dans les fourrières. Pourquoi ne pas les
utiliser pour des expériences qui permettraient
de sauver des vies ?
Une mort indolore
dans un refuge est loin d’être comparable
à une vie de souffrances intenses et de
privations continuelles dans un laboratoire où
les seules perspectives sont l’agonie et
la mort.
Seriez-vous
pour ou contre le sacrifice de 10 animaux pour
sauver 10000 personnes ?
Nous serions contre.
Prenons le problème autrement : supposons
qu’une expérience sur un orphelin
handicapé mental soit le seul moyen de
sauver ces 10000 personnes. Pourquoi ne pas essayer,
puisqu’il s’agit de sauver des vies
humaines ? Même en invoquant l’intérêt
supérieur de l’humanité, la
plupart des gens estimeront que le sacrifice d’un
être humain est injuste car il y a violation
de ses droits. En revanche, ce qui est reconnu
à l’homme ne l’est pas aux
animaux, surtout en matière de droits.
Il n’y a pourtant aucune raison logique
de refuser aux animaux les droits qui empêchent
de sacrifier des êtres humains sur l’autel
de l’intérêt général.
Que
pensez-vous des expériences qui consistent
à observer les animaux sans leur faire
de mal ?
Si absolument aucun
mal ne leur est fait, nous n’avons pas d’objection
particulière. Encore faut-il s’entendre
sur le sens de « aucun mal » On a
pu mesurer des tensions artérielles très
différentes suivant que les animaux sont
libres ou en captivité. Il est indéniable
que ceux qui sont maintenus derrière les
barreaux en acier d’une cage individuelle
connaissent le stress et la peur, mais aussi qu’ils
souffrent de ne pas pouvoir exercer leur comportement
naturel et d’être privés de
tout contact avec leurs semblables.
En
cas d’incendie, qui de votre enfant ou de
votre chien sauveriez-vous si vous deviez choisir
?
Mon instinct me
pousserait à sauver mon enfant, comme le
ferait n’importe quel animal. Pour autant,
mon choix n’apporte aucune justification
morale à l’expérimentation
animale. Ce n’est pas parce que je sauverais
plutôt mon enfant que celui du voisin qu’il
serait acceptable d’utiliser l’enfant
du voisin pour faire des expériences !
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