Mauvaises
notes pour plusieurs abattoirs québécois
Près
d'un tiers des abattoirs du Québec sous
la responsabilité du gouvernement fédéral
peinent à obtenir la note de passage en
matière de salubrité mais aussi
de traitement sans cruauté des animaux
qui transitent dans leurs installations. Pis encore,
au cours des deux dernières années,
un quart d'entre eux se sont fait surprendre par
les inspecteurs du gouvernement à infliger
des souffrances indues au bétail, dérogeant
ainsi à la Loi sur la santé animale
en vigueur au pays, révèlent des
documents officiels obtenus par Le Devoir en vertu
de la loi fédérale sur l'accès
à l'information.
Le portrait livré
par l'ensemble des rapports d'inspection produits
entre janvier 2003 et décembre 2004 par
l'Agence canadienne d'inspection des aliments
(ACIA) sur le territoire québécois
n'est pas rose. Sur la quarantaine d'abattoirs
passés sous la loupe d'Ottawa au cours
de cette période, aucun n'a obtenu la cote
AAA de la part des inspecteurs fédéraux.
Sur une échelle de six degrés allant
de triple A pour excellent à F pour inacceptable,
cette cote mesure entre autres le respect des
normes quant à la propreté des locaux,
la lutte contre les parasites, la manipulation
des viandes et le traitement des animaux..
Si, en la matière,
plus de 60 % des établissements frayent
avec une cote A (acceptable), ils sont aussi près
du tiers à accuser des manquements mineurs
(cote B) ou majeurs (cote C) aux règles
élémentaires encadrant l'abattage
des animaux, selon les documents de l'agence fédérale.
Notons également qu'une seule usine s'est
illustrée au cours des deux dernières
années avec une cote AA (très bon)
: Viandes Abitémis, un abattoir situé
à Fugèreville, dans le Témiscamingue,
qui, ironie du sort, a fermé ses portes
en avril dernier pour des raisons d'ordre économique.
Les infractions
relevées par les inspecteurs dans le groupe
des abattoirs pris en défaut sont nombreuses.
Parmi celles-ci, des problèmes en ce qui
a trait à la propreté des locaux,
des équipements abîmés, des
erreurs d'étiquetage, des dysfonctionnements
du matériel réfrigérant ou
encore des transgressions des règles d'hygiène
par les employés, notamment le port de
filets sur les cheveux ou sur la barbe.
Par endroits, cette
liste s'accompagne d'entorses jugées majeures
par les inspecteurs en raison de leur influence
directe sur la salubrité des viandes. Au
programme : des contaminations croisées,
soit des carcasses touchant par exemple des parties
d'autres animaux non destinés à
la consommation humaine, mais aussi l'introduction
d'animaux malades dans les chaînes de débitage
du bétail, comme l'a constaté un
vétérinaire de l'ACIA en octobre
dernier.
«Des oiseaux
atteints de pathologie sont accrochés contaminés
[aux chaînes de production]», peut-on
lire dans son rapport après l'inspection
de l'abattoir Exceldor, Coopérative avicole,
un établissement jugé acceptable
par l'ACIA. La fonctionnaire note également
des carences dans l'inspection des oiseaux par
les employés avec, à la clef, une
recommandation sans équivoque : que la
situation soit corrigée «immédiatement».
Ce qui a été fait les mois suivants,
l'entreprise de Saint-Damase étant connue,
selon l'ACIA, pour se conformer rapidement aux
exigences des inspecteurs.
Au-delà des
cas de dermatite relevés sur des porcs
ayant transité à l'abattoir A. Trahan
Transformation, de Yamachiche, en août 2004,
ou des «contaminations fécales trouvées
sur les carcasses» de bovins chez Colbex
en mars 2004, les rapports mensuels d'inspection
lèvent également le voile sur les
conditions d'abattage pas toujours reluisantes
des animaux dans près d'un quart des établissements
inspectés par le fédéral.
Une dizaine d'abattoirs ont été
réprimandés à une ou plusieurs
reprises au cours des deux dernières années
pour ne pas avoir respecté les normes en
vigueur afin d'assurer une mort rapide et sans
douleur au bétail ou pour ne pas avoir
offert des environnements convenables aux bêtes
en attente de leur dernier souffle.
Les cotes B ou C
inscrites à la section «traitement
et abattage sans cruauté» dans les
bulletins mensuels des établissements pris
en faute sont sans appel. Au coeur des infractions
relevées par les inspecteurs : l'utilisation
abusive du bâton électrique servant
à guider les animaux vers les chaînes
de transformation, des planchers glissants qui
provoquent des chutes et des blessures, des taux
anormalement élevés de décès
dans quelques lots d'animaux en transit dans des
locaux parfois dépourvus de nourriture,
d'eau ou de ventilation, comme la loi l'exige
pourtant.
Dans quelques abattoirs,
le catalogue des mauvais traitements comprend
également des problèmes majeurs
touchant les techniques de mise à mort
avec, par exemple en avril 2004 chez L. G. Hébert,
à Saint-Hélène-de-Bagot,
deux «animaux abattus restant vivants pendant
plusieurs minutes après l'euthanasie»,
note l'inspecteur fédéral dans son
rapport. Ces difficultés d'assommage ou
d'insensibilisation, pour reprendre le jargon
du milieu, ont par ailleurs été
notées à quelques reprises entre
2003 et l'an dernier dans sept établissements,
dont l'usine Olymel de Saint-Valérien en
décembre dernier ou encore l'Abattoir de
Luceville en avril 2004, pour ne citer que ces
cas, indiquent les documents de l'ACIA.
En vertu de la Loi
sur la santé animale mais aussi des règles
d'abattage en vigueur au pays, le bétail
doit être tué dans des conditions
favorisant un décès rapide et surtout
sans douleur. L'électrocution ou encore
l'asphyxie dans des chambres à gaz carbonique
sont les techniques les plus répandues.
Toutefois, comme le montrent les inspections,
dans plusieurs cas isolés, ces installations
semblent avoir fait défaut.
Sur les 40 abattoirs
surveillés par le fédéral,
seulement deux peuvent se vanter d'avoir obtenu
une cote AA (très bon) en 2004 au chapitre
du traitement des animaux. Il s'agit de l'usine
Olymel de Berthierville, spécialisée
dans la volaille, et de Canard du Lac Brome limitée,
à Knowlton. Aucun établissement
n'atteint toutefois la cote AAA, à en croire
les documents de l'ACIA, dont il a été
impossible d'obtenir des commentaires au cours
des derniers jours.
Le Québec
compte près de 70 abattoirs commerciaux
sur son territoire. Plus de la moitié de
ces établissements sont sous la responsabilité
du gouvernement fédéral puisqu'ils
débitent de la viande autant pour le marché
québécois que pour le reste du Canada
et l'étranger. La présence quasi
quotidienne d'un inspecteur rattaché à
l'agence fédérale y est d'ailleurs
obligatoire. Les abattoirs écoulant leurs
produits uniquement sur le marché québécois,
sans velléités d'exportation, se
retrouvent quant à eux sous la surveillance
du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries
et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).
On en compte environ 29.
Source: Le
Devoir
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dans des abattoirs
Courtoisie
de PETA |
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