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Quels
sont les aliments les plus susceptibles d'être
modifiés génétiquement?
Une gamme croissante
de produits — fruits, légumes et céréales
— qui se retrouvent dans nos paniers d'épicerie
sont des OGM. Les plus fréquemment modifiés
génétiquement sont la tomate, le canola,
le soja, le maïs ainsi que la pomme de terre. Par
conséquent, tous les aliments renfermant ces
ingrédients sont susceptibles d'être faits
à partir d'OGM. Il faut donc songer aux sauces
tomate, jus de tomate, ketchups, soupes minestrone,
crèmes de tomate, pizzas, tofu, lait de soja,
maïs en grain, céréales de maïs,
frites, etc. Sans compter qu'un très grand nombre
d'aliments contiennent des additifs alimentaires provenant
du maïs et du soja, tels que la lécithine
de soja, l'amidon de maïs, ainsi que des protéines
: aliments en conserve, soupes, sauces, crème
glacée, chocolat, huile de canola, nourriture
pour bébés, margarines, bonbons, huiles,
son, sirop de glucose, dextrines, semoules, etc. On
estime que 60 % des produits vendus en épicerie
contiennent des OGM. Difficile, donc, d'y échapper,
d'autant plus qu'au Canada, aucune réglementation
n'oblige les compagnies à indiquer la présence
d'OGM sur les étiquettes. Mais certains organismes
comme Biotech Action Montréal se chargent d'informer
le public sur les marques susceptibles de contenir des
produits alimentaires transgéniques.
Les
OGM peuvent-ils permettre de résoudre le problème
de la faim dans le monde
Alors que les OGM
connaissent une opposition des consommateurs européens,
on entend de plus en plus souvent dire par les promoteurs
des OGM qu’ils pourraient résoudre les
problèmes de la faim dans le monde.
L’affaire de la Zambie en 2003 a soulevé
la polémique au sujet de l’aide alimentaire
américaine à l’Afrique : les Etats-Unis
cherchant à écouler ainsi le maïs
transgénique excédentaire rejeté
par les consommateurs européens ont accusé
l’Union Européenne de faire obstacle à
la liberté de commerce et d’adopter une
attitude immorale conduisant à affamer les pays
africains. La polémique politique est sans doute
à la hauteur des enjeux économiques.
Une analyse des problèmes de la faim dans le
monde a depuis longtemps montré qu’ils
ne sont pas tant liés à des problèmes
de manque de nourriture dans le monde, ni même
dans les pays souffrant de la faim. Ainsi par exemple,
l’Inde dont une grande partie de la population
est confrontée au problème de la faim,
disposait en 2003 de 40 millions de tonnes de surplus
alimentaires. La faim est souvent un problème
politique et économique de redistribution des
richesses. Ces populations sont affamées parce
que, trop pauvres, elles ne peuvent pas acheter la nourriture
sur le marché.
Quels
risques peuvent entraîner les OGM
Les
risques écologiques sont irréversibles
et très mal évalués : perte de
biodiversité, augmentation de l'utilisation de
pesticides, développement d'insectes et plantes
"nuisibles" résistantes aux pesticides,
transfert de gènes entre espèces…
Les risques sanitaires
à long terme sont très mal connus : risques
d'allergies, de toxicité, développement
de bactéries résistantes aux antibiotiques…
Les risques économiques
et sociaux pour les agriculteurs sont considérables
: perte totale d'indépendance et de maîtrise
de la production, perte de rendements, interdiction
de conserver les semences d'une année sur l'autre
pour les replanter... Il n'est pas concevable que l'agriculture
et l'alimentation mondiales passent sous la coupe de
quelques multinationales.
Le vivant - les semences,
les plantes ou leurs génomes - est un patrimoine
commun de l'humanité. Ce n'est pas une marchandise
brevetable pour le seul bénéfice d'intérêts
privés.
OGM
dans le monde
La culture des produits
transgéniques est en plein essor depuis cinq
ou six ans, à un point tel que cette industrie
récolte déjà plusieurs milliards
de dollars. Les États-Unis comptent près
de 80 % des 28 millions d'hectares où sont cultivés
des OGM. Le soja transgénique américain
représente plus de la moitié du soja produit
aux États-Unis; le coton transgénique
occupe la moitié des champs de coton, et plus
du tiers des champs de maïs a subi des modifications
génétiques. Les États-Unis font
partie du Groupe de Miami, qui s'oppose à toute
réglementation du commerce des OGM, avec l'Argentine,
l'Australie, le Chili, l'Uruguay et le Canada.
Ce dernier occupe pour
sa part le troisième rang des producteurs de
produits génétiquement modifiés,
derrière l'Argentine. Depuis 1995, une quarantaine
d'OGM ont été répertoriés
au pays. Les cultures transgéniques occupent
2,8 millions d'hectares, soit le dixième de la
production mondiale. Selon l'Association canadienne
des semences, plus de 65 % des plants de canola, plus
du tiers des plants de maïs, le quart des plants
de soja et le quart des pommes de terre cultivés
au pays sont des OGM (chiffres datant d'août 2002).
Au Québec, selon des chiffres de l'Union des
producteurs agricoles (UPA) datant de 1998, 2 % des
pommes de terre et 10 % des plants de maïs sont
génétiquement modifiés, tandis
que la proportion des plants de canola trangéniques
se situe entre 35 % et 50 %.
Des
animaux génétiquement modifiés?
En 1997, Dolly, première
brebis clonée, a bien involontairement lancé
le débat sur la génétique et les
animaux. Mais la célèbre brebis n'était
pas un OGM, puisqu'elle était clonée à
partir d'une cellule de brebis adulte. La firme derrière
cette expérience scientifique, PPL Therapeutics,
et d'autres entreprises effectuent toutefois des recherches
pour transformer certains animaux en « usines
de médicaments », ce que les Anglo-Saxons
surnomment le « pharming ». Ainsi, des études
sont menées pour rendre des brebis capables de
produire un lait contenant un facteur sanguin humain.
PPL a, entre autres, mis au monde Polly, une brebis
transgénique dont le lait contient un médicament
contre l'anémie.
D'autres études sont également en cours
pour créer des animaux dont les organes seront
compatibles avec les humains. Dans cette optique, les
animaux deviendront des banques d'organes. Récemment,
en février, une équipe de scientifiques
a annoncé qu'elle avait réussi à
modifier génétiquement des organes du
porc, comme le cœur et le foie, pour les rendre
moins sensibles au rejet par l'humain.
Mais les animaux transgéniques risquent également
de se frayer un chemin jusqu'à notre assiette.
Par exemple, au Canada, aux États-Unis, à
Cuba, en Nouvelle-Zélande, en Israël, au
Royaume-Uni, en Chine et en Thaïlande, des chercheurs
ont introduit un gène de croissance animal ou
humain dans des poissons comme le saumon, la truite
et la carpe. Une initiative mal perçue par les
écologistes, qui qualifient ces poissons de «
Frankenfish », principalement en raison des malformations
apparues sur les premières espèces de
poissons transgéniques.
Au Canada, des poissons transgéniques ont vu
le jour à Vancouver, en Colombie-Britannique,
et à Saint-Jean, à Terre-Neuve. Grâce
aux modifications génétiques, les saumons
grandissent plus vite en mangeant moins, ce qui laisse
miroiter des profits appréciables. Les chercheurs
de Vancouver ont modifié la structure d'un gène
de saumon pour le réintroduire dans un saumon
Coho transgénique, qui arrive à sa taille
adulte en deux ans plutôt qu'en quatre ou cinq
ans. Pour l'instant, toutefois, ces poissons éprouvent
des difficultés à nager et manifestent
de l'agressivité quand ils se nourrissent.
À Terre-Neuve,
la société canado-américaine A/F
Protein prévoit commercialiser un saumon de l'Atlantique
transgénique très bientôt: on a
ajouté un gène de croissance emprunté
à la plie rouge, un poisson d'eau froide. Le
saumon ainsi créé grandit plus vite et
dans des eaux plus froides. Mais ces poissons transgéniques
sont stérilisés pour ne pas qu'ils puissent
se reproduire.
Les écologistes craignent que, s'ils s'échappent
des enclos d'élevage, ils ne transmettent leurs
nouvelles caractéristiques à l'espèce
sauvage dont ils sont issus. Les femelles pourraient
les préférer aux poissons « normaux
» parce qu'ils sont plus gros. Ils pourraient
en outre manger des proies qui ne sont pas menacées
habituellement.
Perspectives
d'avenir
Des
chercheurs de partout dans le monde étudient
maintenant d'autres applications, dont bénéficieraient
les consommateurs. Les scientifiques sont en outre parvenus,
en laboratoire, à augmenter la teneur en diverses
vitamines de fruits et de légumes et à
y introduire des matières vaccinantes. D'autres
recherches sont menées pour doter les aliments
de propriétés médicales, par exemple
pour rendre un vaccin contre l'hépatite B cultivable
dans une pomme de terre transgénique. On parle
même de tomates carrées pour faciliter
l'entreposage! Des études sont également
en cours pour améliorer la saveur ou augmenter
la qualité nutritive de certains fruits et légumes.
Par exemple, en Suisse, des scientifiques ont annoncé
au début de 2000 qu'ils avaient réussi
à créer un riz transgénique à
plus haute teneur en vitamine A, en y introduisant des
gènes de bactérie et de jonquille. Comme
le riz est la céréale la plus consommée
dans les pays en développement, une telle percée
laisse entrevoir la possibilité de pallier une
carence alimentaire qui fait des millions de victimes
chaque année.
Les chercheurs s'intéressent également
à l'utilisation des OGM dans la production industrielle,
une avenue qui laisse miroiter d'importantes retombées
économiques. L'injection de gènes d'autres
espèces pourrait notamment améliorer la
qualité de certains produits, comme le papier
ou les cosmétiques. À titre d'exemple,
on a introduit un gène de lapin dans du coton
pour le rendre plus doux.
Espoirs
ou inquiétudes?
L'encre
n'a certainement pas fini de couler à propos
des OGM, arrivés discrètement mais rapidement
sur le marché sans qu'il n'y ait eu d'études
sur leurs effets à long terme. Si rien ne prouve
qu'ils constituent un réel danger, rien ne prouve
non plus leur innocuité. Dans les années
à venir, les études se multiplieront;
les unes concluront sans doute à leurs bienfaits
tandis que les autres mettront au jour leurs méfaits.
En attendant les certitudes, certains n'hésitent
pas à voir les consommateurs comme des cobayes.
Si les chercheurs nous promettent dans un avenir rapproché
des aliments à saveur améliorée,
à qualité nutritive supérieure
et moins chers, pour le moment, ce sont les industriels
et les agriculteurs qui y trouvent leur compte. La vague
de protestation qui déferle sur l'Europe a cependant
fait chuter les exportations d'OGM. Certains agriculteurs
« traditionnels », qui craignent une contamination
de leurs produits par les cultures transgéniques
et le boycottage qui risque de s'ensuivre, songent déjà
à intenter des poursuites contre les fermiers
qui cultivent des OGM. Peut-on envisager demain trois
types de végétaux : les produits «
classiques » nourris aux produits chimiques, les
organismes génétiquement modifiés
et les aliments biologiques? Quel destin réserverons-nous
aux OGM? Et, surtout, qui décidera de leur sort
: les gouvernements, les géants de l'industrie
ou les consommateurs?
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