La corrida
Par: Ha-Loan
« Ça
y est, ça va commencer !!! »
La foule, unie en
un même cri qui fait le tour de l’arène,
s’agite ; la fièvre gagne les esprits.
Les enfants exultent. Les clarines scandent les
préparatifs de cette tragédie en
trois actes, la corrida.
Place au défilé
d’ouverture, le paseillo.
Le cortège est ouvert par deux cavaliers,
les alguacillos,
chargés de faire respecter le règlement
et d’ouvrir la porte du toril où
le taureau se trouve enfermé.
La fascination se lit sur les visages enthousiastes
et la fureur du public redouble à l’apparition
des trois toreros suivis de leurs cuadrillas.
Chaque cuadrilla
est composée de deux picadores
à cheval (eux-mêmes aidés
par les monosabios
en cas de chute) et de trois bandilleros.
Une foule, dix-huit
hommes, trois taureaux. Trois morts en suspens.
Où
suis-je ?
Que se passe-t-il ?
Quelle est cette agitation ? Depuis combien de
temps suis-je enfermé ?
Tous les sens de
l’animal sont en alerte.
J’ai
mal… Mes cornes…
Mais qu’est-ce qu’ils m’ont
fait ?
J’ai la tête qui tourne.
Les portes du toril
s’ouvrent et le condamné à
mort entre en scène.
ACTE I : Le Tercio
de Pique
Que font ces
gens ? Pourquoi cherchent-ils à m’exciter
? Ce bruit… Où suis-je ?
J’ai peur. Ma tête… J’ai
l’impression d’avoir deux vis vrillées
dans mon cerveau.
Sortir de là. Il faut que je sorte.
Le taureau s’élance
dans l’arène, apeuré et stressé
par ces hommes qui hurlent et agitent leurs capes
dans le seul but d’exciter l’animal.
Chaque charge les envoient se réfugier
derrière les barrières protectrices.
Mais
que veulent-ils, enfin ? Je ne comprends pas…
J’ai vraiment mal. Où suis-je ?
Les picadors entrent
en piste sur leurs lourds chevaux de traits cuirassés
dont les yeux sont bandés et les oreilles
bouchées. Probablement ont-ils été
aussi drogués.
Le taureau se démène
dans l’arène, impuissant.
Soudain, une pique l’atteint, lui déchirant
les muscles du dos. Un nouveau coup est porté
par l’un des picadors
au galop, fouillant et élargissant la première
blessure qui saigne déjà abondamment.
Le troisième coup s’enfonce encore
plus profondément dans la chair. La colonne
vertébrale et les ligaments sont touchés
; s’en suit une paralysie partielle qui
déstabilise l’animal de plus bel.
Les charges visant les picadors sont amorties
par les chevaux.
Le sang s’écrase en grosses gouttes
sur le sable de l’arène, laissant
de sombres sillons sur le flanc de l’animal.
Son rythme cardiaque s’accélère
tandis que sa respiration se fait rauque. Le châtiment,
estimé suffisant par les picadors, use
physiquement et psychologiquement le taureau et
le prépare à la seconde série
de blessures.
ACTE II : Le Tercio
de Banderilles
Ce deuxième
acte est très populaire. Trois paires de
banderilles sont portées à la suite.
Chaque banderille est un harpon qui laboure les
blessures précédentes. Chaque mouvement
du taureau, provoqué par l’homme,
remue les lames ancrées dans la plaie visqueuse
et rougeoyante.
Les charges furieuses
de l’animal, déjà diminué
par cette douleur sourde, l’affaiblissent
de plus en plus. Les banderilles se balancent
tristement, lacérant chaque fois plus la
chair.
ACTE III : Le Tercio
de Muleta
Le héros
de la tragédie entre en scène. Cet
acte est sensé démontrer la domination
de l’animal par l’homme : le matador
dirige de sa muleta (étoffe rouge) les
charges du taureau qui finira par s’épuiser.
Je suis à
bout de forces. Je n’en peux plus. Je veux
mourir.
Il est temps de
donner le coup de grâce. Le matador place
la muleta au ras du sol et l’animal tire
sa dernière révérence.
Chacun retient son
souffle tandis que l’épée
s’enfonce en silence avec un angle parfait
de 45°, marquant une blessure de plus dans
le corps mutilé. Le coup a bien été
porté et se solde par l’hémorragie
salvatrice
Mon
corps entier brûle. Mes poumons se remplissent
d’un liquide chaud et visqueux.
Fini le supplice.
Un dernier regard
pour son bourreau et la noble bête s’étouffe
en poussant un faible meuglement avant de tomber
à terre.
Près de trente
minutes après le début de cette
accablante mise en scène, le matador achève
et signe son œuvre macabre en poignardant
à plusieurs reprises la nuque du taureau
pour atteindre le bulbe rachidien.
Le public applaudit
à tout rompre le matador et se délecte
du spectacle que constitue l’arrastre :
un attelage de chevaux au galop traîne le
pesant cadavre ensanglanté hors de la vue
de la foule déchaînée. Toute
trace du crime est rapidement effacée par
les areneros à coups de râteaux dans
le sable de l’arène et la victime
suivante peut entrer en piste…
Précisions
:
L'afeitado
est une opération effectuée sur
le taureau avant le spectacle, elle a pour but
de l’affaiblir psychologiquement en lui
ôtant toute perception spatiale. Elle consiste
à scier à vif jusqu’à
dix centimètres de corne puis à
repousser le nerf vers la racine. Elle est légalement
pratiquée lors de corridas pour des associations
caritatives -comme La Croix Rouge- pour réduire
les risques encourus par les
toreros bénévoles…
Avant d’être
malmené (doux euphémisme…)
sur scène, le taureau peut être maltraité
pendant son élevage : mauvaise alimentation
voire suralimentation invalidante, drogues, sédatifs…
Certains taureaux sont malades avant même
de combattre. Comment alors parler de duel loyal
?
Seul un matador
habile tuera sa victime du premier coup. Ce qui
n’est pas le cas en général.
Le 18 octobre 1998, à Béziers, un
taureau a reçu une trentaine de coups de
« grâce ».
De 1948 à
1993 (soit 45 ans), une mort de torero a été
enregistrée pour 34 033 taureaux tués
en France et en Espagne.
Si dans les abattoirs
l’animal est souvent maltraité (élevage
intensif, mise à mort non règlementaire),
dans la corrida, l’animal est toujours
maltraité.
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